Jeudi 6 août 2026
Ce matin le réveil est réglé pour 5h : l’objectif est de partir aux aurores pour profiter au maximum de la fraîcheur, même si je sais que l’arrivée sur Sospel sera forcément chaude (au sens propre du terme 😉 ).
Petit déjeuner rapide, sans thé, je garde mon eau pour la marche. Même si la gardienne du refuge des Merveilles m’a dit qu’il y aurait de l’eau à la vacherie de l’Authion, j’ai eu des informations contradictoires de la part de randonneurs et je préfère être prudent.
Départ à 6h dans le jour naissant : je remonte le chaos de blocs qui me sépare du chemin et me mets en route, croisant quasi immédiatement mes premiers chamois de la journée. L’air est frais, la lumière rasante du soleil levant sur les crêtes est magnifique, et le sentier quitte vite la caillasse pour rentrer dans les alpages, permettant de marcher d’un bon pas. Je suis bien, totalement dans l’instant présent : c’est vraiment pour des moments comme ceux là que je randonne.
Le chemin à flanc est très agréable, en légère descente, et enchaîne quelques cols permettant de varier les vues (baisse Cavaline, col de Raus, baisse de St Veran).
Arrivé à la baisse de St Veran, le chemin remonte de 200 mètres « histoire de rompre la monotonie de cette longue descente vers Sospel » … j’aime toujours autant l’humour de Jérôme Bonneaux, l’auteur du topo Transalpes 😀 . Juste après la baisse de St Veran je tombe sur un magnifique promontoire plat avec une vue à 180 degrés, superbe lieu de bivouac potentiel !
Le chemin passe ensuite juste en dessous de la redoute de la pointe des 3 communes (qui est en rénovation si j’en crois les échafaudages qui l’entourent).
Une fois passé sous la pointe des 3 communes, je rejoins une petite route goudronnée que je suis un moment. Je la quitte provisoirement pour descendre voir si je peux trouver de l’eau à la vacherie de l’Authion, qui se trouve juste en dessous. Malheureusement, je fais chou blanc : il n’y a personne, les bâtiments sont à moitié en ruine, et pas d’eau à part un vieil abreuvoir rouillé rempli d’eau croupie. Il me reste un peu plus de 2 litres pour rallier Sospel, ce n’est pas énorme mais ça devrait le faire. Mais heureusement que je n’avais pas fait une confiance aveugle aux dires des gardiens du refuge des Merveilles, j’aurais pu me retrouver complètement à sec avec encore 5 heures de marche devant moi !
Juste en remontant de la Vacherie, je croise mon premier (et seul) chevreuil de la traversée, ça change des bouquetins et des chamois 🙂 .
Je continue à suivre le sentier, toujours principalement à flanc en légère descente, avec de temps en temps une petite montée (le dénivelé positif cumulé sur la journée sera quand même de plus de 500 mètres). Deux nouveaux cols (baisse de la Vertabren et baisse de la Déa) sont occupés par du matériel d’élevage (abreuvoirs, citerne d’eau, véhicule 4×4), mais pas de troupeaux ni d’éleveur à l’horizon.
Peu après la baisse de la Déa, le GR passe par le sommet du Mangiabo, ce qui ajoute 75 mètres de D+/D- à une étape déjà bien conséquente. Il n’y a pas de petites économies, je préfère suivre les indications du topo et prendre un chemin qui contourne le sommet par l’ouest. Un panneau indique « chemin délicat » mais il s’avère que le chemin est juste peu entretenu, obligeant parfois à marcher un peu en dévers, mais rien de vraiment délicat.
Après plus de 5 heures de marche, je suis toujours à presque 1600m d’altitude, mais le chemin commence cette fois à descendre plus franchement. J’arrive à 11h à la baisse de Linière (1342m) où je fais une pause pique-nique. La chaleur commence à s’intensifier, mais heureusement jusqu’ici elle est restée supportable, et surtout de nombreux passages à l’ombre m’ont offert une fraîcheur bienvenue.
Après 40 minutes de pause, je me remets en marche, et dès que je sors de l’ombre de l’arbre ou j’avais pique-niqué, la chaleur me tombe dessus, elle est étouffante! Il me reste environ 2 heures à marcher, et tout juste 1000m de dénivelé à descendre, ça s’annonce rude !
Le topo indique « la descente prend maintenant des accents typiquement méditerranéens, avec toutefois de belles sections ombragées ». Je ne saurais mieux dire : les cigales chantent, le soleil est implacable, et heureusement de l’ombre et une brise intermittente viennent adoucir un peu l’épreuve. Je passe en mode pilote automatique, en remerciant ma bonne étoile de n’avoir à faire que de la descente dans ces conditions, et en essayant de ne pas penser aux risques de feu : au vu de la densité de la végétation de type maquis qui borde le chemin, le randonneur n’a à peu près aucune chance de survie si un incendie se déclenche …. Mes réserves d’eau diminuent à vue d’œil, mais ça tiendra tout juste, je boirai mes dernières gouttes 20 minutes avant d’arriver à Sospel.
Arrivé à Sospel, je me trouve une terrasse et commence par boire le contenu entier d’une carafe d’eau, puis commande 3 boules de glaces et un soda …. Ça va déjà beaucoup mieux !
Je vais ensuite faire quelques courses pour l’étape de demain (en particulier acheter une bouteille d’eau supplémentaire pour compléter mes 3L de gourdes, j’ai quand même plus de 1200m à monter et il va certainement faire très chaud). Puis j’appelle la propriétaire de la chambre d’hôte où j’ai réservé ce soir, qui habite à 4 kilomètres du centre mais propose de venir chercher les randonneurs au village.
L’accueil y est charmant et la table d’hôte délicieuse, je passe une excellente soirée.
Note importante : il n’y a plus d’hébergement disponible à Sospel même. Les gites d’étapes mentionnés sur le topo (La Frighiera et Le Mercantour), ainsi que l’Hôtel des Etrangers dont le site web est encore en ligne, ont fermé depuis longtemps. Il en est de même du camping municipal (qui a été converti en aire pour camping car) et des quelques hôtels qui subsistaient encore.
Les seules options restantes semblent être :
- La chambre d’hôte La Maison des Enfants Sages, qui n’est pas à Sospel même mais dont les propriétaires viennent chercher les randonneurs au village.
- Le camping « Le Mas Fleuri » à 2,5 km de Sospel.
- Le camping « Domaine Sainte Madeleine » à 4,5 km de Sospel.
Les deux campings ne sont pas dans la direction de Menton (ils sont au nord / ouest de Sospel), ce qui veut dire qu’il faudra faire le trajet retour vers Sospel le lendemain avant de reprendre le sentier vers la mer.













