Jour 8 – Sant’Anna di Vinadio -> Isola 2000 -> Lago del Claus

Samedi 1er août 2026

Après une bonne nuit dans un lit confortable, nous prenons notre petit déjeuner et quittons Sant’Anna de Vinadio vers 8h pour rejoindre Isola 2000. Notre impression restera mitigée sur ce « refuge » : au niveau hébergement c’est le grand luxe, mais la nourriture n’est pas exceptionnelle, et surtout pas en quantité suffisante pour des randonneurs (de ce point de vue là c’est plus un restaurant qu’un refuge, et on nous a  même refusé du rab de pâtes !)

Peu après le départ, le chemin nous fait monter jusqu’à 2350m, le long d’un chemin qui nous fait passer successivement devant une grande statue de la vierge, puis de nombreuses petites chapelles votives.

Statue de Sainte Anne et Marie enfant, à la sortie de Sant’Anna di Vinadio

Vue arrière sur Sant’Anna di Vinadio

Chapelle votive (1/3)

Chapelle votive (2/3)

Chapelle votive (3/3)

Puis nous serpentons sur les crêtes, le long d’un sentier débonnaire qui marque la frontière franco-italienne.

Borne frontière

Après plusieurs jours de caillasse, c’est un plaisir de retrouver la végétation et un chemin roulant. Nous nous amusons à repérer les différents types de bornes frontière (horizontales, verticales), et les styles différents en fonction des années de construction (pierre pour 1947, marbre pour 1995, etc).

Vers le col de la Lombarde

Borne frontière recto

Borne frontière verso

Vue arrière sur les crêtes

Après deux heures nous atteignons le col de la Lombarde, col routier domaine des voitures et des motos.

Col de la Lombarde

Attention marmottes 😉 !

Direction Isola 2000 (et la baisse de Druos ensuite)

Du col, nous quittons l’itinéraire Transalpes pour redescendre vers Isola 2000, où Samuel et Nicolas doivent prendre un bus pour Nice et moi me ravitailler pour les cinq jours à venir. Le GR52 nous permet de descendre quasiment jusqu’à notre destination sans toucher le goudron, au travers d’un joli sentier en balcon. Cependant, la fin du parcours est un peu plus chaotique car nous nous fions à un chemin présent sur la carte GPS mais qui s’avère être finalement plutôt un lit de ruisseau qu’un vrai chemin.

Arrivée sur Isola 2000

Restaurant d’altitude

Hors saison

Nous finirons cependant par arriver à notre objectif : la galerie commerçante où le supermarché me permet de me ravitailler. Cinq jours de nourriture à prévoir (et comme souvent je vois un peu large), le sac sera lourd pour repartir !

Une fois les courses faites, nous partageons un dernier pique-nique tous les trois, agrémenté de nombreux fruits (on en profite après des jours de régime charcuterie / fromage !). Je laisse  ensuite mes compères attendre leur bus pendant que je reprends la route.

Le marcheur solitaire repart

Il est 13h30, la chaleur est écrasante, le sac est lourd, mais malgré tout j’avance assez vite, je retrouve la sensation d’un corps qui s’est habitué à l’effort.

Vue arrière sur Isola 2000

La montée se fait assez régulièrement, sur un chemin facile, et j’avale assez rapidement les 450 mètres qui me séparent du premier des Lacs de Terre Rouge, nom certainement donné à cause de la couleur de la montagne qui les surplombe.

Lac de Terre Rouge

Au niveau de ce premier lac, je repasse de l’herbe aux cailloux, mais la présence des lacs change tout, et l’ambiance est beaucoup moins austère. Peu après le passage du premier lac, je rejoins l’itinéraire Transalpes et j’atteins rapidement le plus grand des cinq lacs (les trois autres étant petits et quasiment à sec).

Vallon de Terre Rouge, vers la baisse de Druos

Grand Lac de Terre Rouge

Il me reste maintenant une centaine de mètres pour atteindre la baisse de Druos, un col à 2628m qui me permettra de repasser en Italie. Mais la fatigue commence à se faire sentir, je ralentis le rythme et fais une pause cinquante mètres sous le col. Peu après cette pause, je croise une grand-mère avec son chien, qui me montre des bouquetins que je n’avais pas vus. Nous engageons la conversation, je lui dis que je pense bivouaquer au refuge Questa, mais elle me fait changer d’avis : elle y est passé, il y avait déjà beaucoup de monde, y compris des groupes avec des guitares, donc pas forcément la garantie d’une nuit calme (j’avais oublié qu’on était samedi soir !). Qu’à cela ne tienne, je m’arrêterai bivouaquer au Lago del Claus, où le topo mentionne de beaux emplacements, en plus ça m’économisera une demi-heure d’effort.

Après cette discussion sympathique je finis par arriver au col et je découvre un paysage certes très minéral, certes avec un énorme bâtiment militaire désaffecté, mais aussi avec trois jolis lacs d’un beau vert (les Lacs Supérieurs de Valscura), ce qui me le rend tout de suite bien plus sympathique.

Baisse de Druos, version française

Baisse de Druos, version italienne

Laghi Superiori di Valscura

Après être descendu jusqu’à ces lacs et avoir dépassé le bâtiment désaffecté, je découvre en contrebas le Lac Inférieur de Valscura, plus grand que les trois lacs supérieurs réunis, et aussi bleu qu’ils sont verts. Et ce qui ne gâche rien, il est bordé d’herbe.

Lago Inferiore di Valscura

J’ai tout le loisir de l’admirer pendant la descente qui m’y mène, et pendant que je longe l’intégralité de sa rive. Arrivé à son extrémité, il me reste une quarantaine de minutes pour atteindre le Lago del Claus, mais encore un peu plus de 100 mètres de dénivelé, sur un profil en dent de scie qui finit de me casser les pattes.

Vue arrière sur le Lago Inferiore di Valscura

Mais en contrepartie de ce dernier effort, je suis récompensé par une vue magnifique sur la chaîne de l’argentera, et les plus beaux chemins militaires que j’ai vus jusqu’ici : ils sont larges de plusieurs mètres, et le sol est composé de pierres plates soigneusement sélectionnées, qui donnent une impression de pavés. Je n’ose pas imaginer la quantité de travail qu’il a fallu pour réaliser ces quelques centaines de mètres de sentiers ! J’apprendrai plus tard au détour d’une discussion avec d’autres randonneurs que ce chemin ne date pas de la seconde guerre mondiale, mais est un peu plus ancien. Il s’agit du « sentier du Roi » aménagé à la demande du roi Victor-Emmanuel III au début du vingtième siècle, pour faciliter l’accès à sa réserve de chasse.

Vue splendide sur l’Argentera

Les « pavés » du chemin du roi

Vers le Lago del Claus

Après un dernier effort, je finis par atteindre le Lago del Claus. En arrivant je réalise que je n’y serai pas seul : plusieurs groupes de jeunes italiens en maillots de bain sont présents, et n’ont visiblement pas l’intention de repartir. Mais ils ne sont pas très bruyants, et je m’installe donc sur un spot disponible un peu à l’écart, en espérant qu’ils ne feront pas la fête toute la nuit, ou en tout cas qu’ils généreront un volume sonore inférieur à ce que mes boules Quies peuvent filtrer 😀 .

En tout cas mon spot au bord de l’eau est paradisiaque, je peux tranquillement faire vaisselle et lessive, et rédiger ce compte rendu aux dernières lueurs du soleil qui s’apprête à passer derrière les montagnes.

Bivouac au Lago del Claus